Un beau dessin de Joana Avillez : une femme qui écrit une lettre beaucoup trop longue, avec une machine à écrire.

Préambule

J'ai déjà exprimé plusieurs fois mes opinions politiques, autant en général que sur des sujets particulier. Elles sont guidées majoritairement par la survie de ma famille, pour le moment.

En effet, pour celleux qui ne me connaissent pas forcément, ma famille (du côté de ma femme) est actuellement en Ukraine, et chaque matin quand je me lève, je ne sais pas qui parmi elleux sera mort·e pendant la nuit.

Depuis 2022, c'est épuisant. Celleux qui ont de la famille dans d'autres zones de guerre vous le diront aussi.

Je pense que c'est quelque chose à quoi on peut attendre d'un·e humain·e : s'intéresser en priorité à la survie des gens qu'iel estime proches, ou auxquel·les iel s'identifie (quelle qu'en soit la raison), avant de pouvoir s'intéresser à celle des autres, voire encore au confort des autres.

Au-delà de ça, je pense qu'avant de vouloir sauver le monde entier, il est également normal de s'occuper en priorité de sa santé mentale. Je pense qu'il est assez évident qu'une personne moyenne, comme moi, ne peut pas s'intéresser à tout ce qui est "horrible", "à dénoncer", etc. dans le monde : connaître tous les détails de toutes les horreurs du monde, dans chaque village, chaque guerre, chaque génocide…


Pour ces deux raisons, j'ai choisi de ne plus m'intéresser et de ne plus prendre parti sur le génocide à Gaza. J'ai depuis longtemps constaté que les gens sont suffisamment nombreux·ses pour dénoncer cela sans mon aide, donc l'apport de mon investissement sera trop faible par rapport à ce que ça me coûtera, en termes psychologiques. D'autres le font déjà bien mieux que moi. Et je pense que c'est très bien que ça soit fait.

De même, j'ai récemment choisi de ne pas m'intéresser aux émeutes en France : je suis actuellement en plein burnout émotionnel pour tout un tas de raisons que ne concernent que moi. De même, d'autres le font déjà mieux que moi. Et je pense que c'est très bien que ça soit fait.

On est d'accord là-dessus ? Bon, on va pouvoir commencer à parler de trucs un peu sérieux, qui m'ont récemment amené à me poser certaines questions.


"Mon jeu préféré" 🤷‍♂️

Premier élément que je vais évoquer, qui résume très bien tout ce que j'ai lu et vu récemment, au fur et à mesure que les bulles informationnelles se sont refermées ces derniers mois. Prenons ce post, écrit par une personne ""influente"" dans un milieu que je partage avec lui :

@misterfox.fr Hugo Amizet / Misterfox C'est le moment de mon jeu préféré sur Instagram : Qui a soutenu le mouvement (voire qui était carrément en manif), qui le condamné, et qui a mis beaucoup d'efforts à ne pas en parler 😀

Quelle bonne idée ! Je propose de faire la même chose, avec un autre sujet, de manière complètement arbitraire. Prenons le sujet le plus important pour moi : le sujet de l'Ukraine et des Ukrainien·nes. Qui en a parlé ? Qui a soutenu le génocide ? Qui a fait beaucoup d'efforts pour ne pas en parler ?

Aucun résultat trouvé pour « from:@misterfox.fr ukrainiens ».
Aucun résultat trouvé pour « from:@misterfox.fr ukraine ».

Ah… Oups ⸮

Qui a participé aux manifs ; est-ce que cela fait d'ellui une meilleure personne ? Qui s'est rendu·e en Ukraine ; est-ce que cela fait d'ellui une meilleure personne ? Qui a apporté de la nourriture à Gaza; est-ce que cela fait d'ellui une meilleure personne ?


Je coupe le cynisme deux minutes : chacun·e a le droit de choisir ses combats et son engagement dans ceux-ci, je pense que personne n'a de problèmes là-dessus (à moins que ces combats entre en contradiction avec ses propres combats).

Cependant, est-ce que c'est pertinent de juger les gens sur l'importance qu'iels donnent à différents combats ? Car visiblement, pour certain·es, c'est quelque chose de très pertinent.

"Tout conflictualiser" 🤷‍♂️

Un autre souci, quand on a des ""ami·es"" qui ont des combats différents des siens, c'est qu'on peut avoir des combats secondaires qui entrent en contradiction. Ce que j'appelle un combat secondaire, ça peut être "supporter/dénoncer un parti politique", par exemple. Et justement…

Mon exemple préféré : j'ai beaucoup ""d'amie·es"" qui défendent LFI corps et âme. Je sais qu'iels ont de bonnes raisons de le faire car iels ont d'autres combats, tout aussi importants, valables et justifiés à mes yeux. Iels pensent très souvent (à raison ou pas) ne pouvoir être défendus que par ce parti-là au regard de ces combats.

Pourtant, iels savent déjà que LFI parle, vote et agit frontalement contre le soutien à l'Ukraine, c'est-à-dire contre la survie de ma famille. Je suis donc logiquement obligé de dénoncer cela, si je veux défendre plus efficacement ma famille.

Je n'attends pas d'elleux qu'iels fassent quoi que ce soit pour même tolérer mon combat pour ma famille, c'est d'ailleurs rarement le cas. Quand ça l'est, je salue l'effort (qui débouche encore plus rarement sur des actes ; quand ça arrive, franchement, respect).


C'est ce que j'observe à chaque fois : "On est d'accord pour X, alors pourquoi tu es nul·le au regarde de Y ?"

Les personnes avec lesquelles j'interagis le plus, on partage systématiquement les mêmes bases éthiques : celles qui nous permettent de choisir nos combats principaux respectifs, sur lesquels on tombe très souvent d'accord. Et on entre très souvent en désaccord sur nos combats secondaires. Pour autant, est-ce que ce conflit est bien pertinent, alors qu'on sait qu'on part du même point de départ éthique ?

Et du coup ?

Je pense que chacun·e peut poursuivre ses combats à son niveau. On peut alerter les autres, on peut donner de l'argent à celleux qui portent son combat, on peut créer pour transmettre, on peut attaquer ses ennemi·es, on peut détruire ses cibles…

De mon côté pour le moment, je ne vois presque rien à retirer à ce que j'ai fait ou même dit au regard de mon combat principal, car la situation actuelle me démontre chaque jour que j'ai encore davantage des raisons de me battre pour ma famille. En particulier, je n'ai pas encore attaqué de mauvaise cible, et j'assume tout ce que j'ai déjà dit.

Je reconnais que mes techniques n'était parfois pas adaptées, et je vais réfléchir à m'améliorer, pour moi comme pour les autres.


Pour le reste et pour mes combats secondaires, comme je l'avais déjà dit ailleurs, je m'autorise à me tromper, et je suis déjà en train de penser à qui je soutiens et à qui je ne soutiens plus.

En guise de conclusion, voici des questions auxquelles je réfléchis en ce moment, à mon humble niveau.

Uncomfortable questions for comfortable people

Est-ce pertinent de juger les gens sur l'importance qu'iels donnent à différents combats principaux ? Tant que la personne n'est pas frontalement opposé·e à ces combats, je pense sincèrement que non. Pour Gaza, pour l'Ukraine ou pour les manifs, une personne qui ne sait pas ce qui s'y passe (volontairement ou pas) ne sera pas forcément "contre", et je pense que ce n'est pas grave. Je peux me tromper, et je suis ouvert à la contradiction sur cette question.

Est-ce pertinent de juger les gens sur leurs intentions de vote, autant que sur leurs actes ou leurs combats personnels ? À cette question-là, je n'ai pas de réponse ; tout apport sera le bienvenu.

Est-ce pertinent de juger de la sincérité et de la droiture des gens, en fonction de l'adéquation entre leurs combats affichés, leurs actes et leurs votes ? Je pense que oui ; c'est précisément pour cela que ces quelques derniers jours, je remets beaucoup de mes choix passés en question. Je peux me tromper, et je suis également ouvert à la contradiction sur cette question.

À quel moment peut-on devenir intransigeant·e sur un combat secondaire, jusqu'à ce qu'il devienne un combat principal, parfois jusqu'à définir sa propre identité ? C'est une question que je pose pour moi, autant que pour d'autres. Je n'ai pas vraiment de réponse pour le moment. Au mieux, je pense qu'il faut pouvoir accepter des faits ou des événements qui feront changer nos priorités, pour ne pas s'enfermer dans une pensée sectaire. Au pire, je pense qu'il faut être conscient de l'ampleur du sacrifice qu'on fait quand on cède une grande partie de son identité à un combat.

Qui est légitime pour parler de sa propre valeur, et de la valeur de ses combats ? Je pense que personne ne l'est. À titre personnel, je ne sais pas si je suis un "bot" ou un "influenceur", je ne sais pas si je suis une "bonne" ou une "mauvaise" personne, au regard d'un sujet en particulier. D'autres s'en chargent déjà bien mieux que moi, et je sais que c'est déjà fait. Par contre, je pense que les actes qu'on a eus, qu'on a ou qu'on aura au regard de différents combats permettent de compter les points.


Braindump has completed.
icoste will now turn back to sleep.
Press any key to continue.

.